En bref : l'assurance maladies graves verse un montant forfaitaire unique, non imposable, si vous recevez un diagnostic couvert par votre contrat et que vous survivez au délai prévu, généralement 30 jours. L'argent vous est versé à vous, pas à un hôpital ni à un créancier, et personne ne vous demande de justifier son usage : remplacer un revenu pendant les traitements, payer des médicaments que le régime public ne rembourse pas, financer les déplacements vers un centre spécialisé, ou permettre à votre conjoint de s'absenter du travail. Les contrats de base couvrent habituellement le cancer, l'infarctus du myocarde et l'accident vasculaire cérébral. Les contrats élargis ajoutent une vingtaine d'affections. Les définitions médicales et les exclusions varient d'un assureur à l'autre, et c'est précisément là que se joue la valeur réelle du contrat.
Quand j'aborde l'assurance maladies graves en rencontre, la première réaction est presque toujours la même : « J'ai déjà de l'assurance vie. » Les deux n'ont rien à voir. L'assurance vie protège votre famille si vous mourez. L'assurance maladies graves vous protège, vous, si vous survivez.
La distinction a l'air théorique jusqu'au jour où elle ne l'est plus. La médecine sauve aujourd'hui des gens qu'elle ne sauvait pas il y a vingt ans, et c'est une excellente nouvelle. Le problème, c'est que survivre coûte cher, et qu'aucun régime public ne rembourse ce que ça coûte de vivre pendant qu'on se soigne.
Voici comment le produit fonctionne, ce qu'il couvre, ce qu'il ne couvre pas, et comment arriver à un montant qui a du sens.
Comment ça fonctionne, concrètement
Le mécanisme tient en quelques lignes, et c'est ce qui le rend facile à mal comprendre.
- Vous choisissez un montant de protection à la souscription, par exemple 50 000 $.
- Si vous recevez un diagnostic couvert et que vous survivez au délai prévu au contrat, le plus souvent 30 jours, l'assureur vous verse ce montant en un seul versement.
- Le versement est libre d'impôt et il vous appartient. Aucune facture à fournir, aucune dépense à justifier.
- Une fois la prestation payée, le contrat prend fin. Ce n'est pas une rente, c'est un montant unique.
- Votre assurance vie, votre assurance invalidité et vos régimes publics continuent d'exister en parallèle. Rien ne se soustrait.
Le mot le plus important d'un contrat de maladies graves, c'est définition. Deux polices peuvent toutes les deux « couvrir l'infarctus » et refuser des diagnostics différents, parce que les critères médicaux inscrits au contrat ne sont pas les mêmes. C'est la première chose que je lis, avant même le prix.
Vie, invalidité, maladies graves : trois choses différentes
La confusion entre ces trois protections est la source de presque toutes les mauvaises décisions que je corrige sur ce sujet.
| Assurance vie | Assurance invalidité | Maladies graves | |
|---|---|---|---|
| Ce qui déclenche | Le décès | L'incapacité de travailler | Un diagnostic couvert |
| Qui reçoit l'argent | Le bénéficiaire désigné | La personne assurée | La personne assurée |
| Forme du versement | Montant unique | Rente mensuelle | Montant unique |
| Faut-il cesser de travailler ? | Sans objet | Oui, c'est la condition | Non |
| Imposable | Non | Selon qui paie la prime | Non |
Le troisième point du tableau est celui qu'on oublie le plus souvent : vous pouvez recevoir la prestation de maladies graves tout en continuant de travailler. Un diagnostic sérieux ne vous rend pas nécessairement inapte au travail, et l'assurance invalidité, elle, ne verse rien tant que vous êtes au poste.
Ce qui est couvert, et ce qui ne l'est pas
Les contrats se divisent grossièrement en deux familles.
- Les contrats de base couvrent les trois grandes causes de réclamation : le cancer, l'infarctus du myocarde et l'accident vasculaire cérébral.
- Les contrats élargis ajoutent une vingtaine d'affections : sclérose en plaques, maladie de Parkinson, maladie d'Alzheimer, insuffisance rénale terminale, greffe d'un organe majeur, brûlures graves, cécité, surdité, perte de la parole, paralysie, pontage ou chirurgie de l'aorte, entre autres.
Ce que les gens découvrent tard, ce sont les limites écrites en toutes lettres dans le contrat :
- Le délai d'exclusion du cancer. La plupart des contrats ne couvrent pas un diagnostic de cancer survenu dans les 90 premiers jours suivant l'entrée en vigueur. C'est standard, et c'est une raison de plus de ne pas remettre la souscription à l'an prochain.
- Les cancers de stade très précoce. Selon la définition du contrat, ils donnent droit à un versement partiel, ou à aucun versement.
- Le délai de survie. Si la personne décède avant la fin du délai prévu, généralement 30 jours, c'est l'assurance vie qui prend le relais, pas celle-ci.
- Les conditions préexistantes non déclarées. Comme pour toute assurance individuelle, la sélection médicale se fait à la souscription. Déclarer correctement au départ, c'est ce qui rend la protection solide.
À quoi sert l'argent, dans la vraie vie
Le régime public paie les traitements. Il ne paie pas le reste, et c'est le reste qui déstabilise un budget familial.
- Remplacer un revenu pendant les mois de traitement, y compris celui du conjoint qui réduit ses heures pour accompagner.
- Les médicaments non couverts par le régime public ou par l'assurance collective, et les traitements offerts hors du réseau.
- Les déplacements et l'hébergement quand le centre spécialisé est à Montréal et que vous habitez plus loin.
- L'aide à domicile : ménage, repas, garde des enfants, transport, tout ce qu'on faisait soi-même et qu'on ne peut plus faire.
- Les paiements qui continuent : hypothèque, auto, épicerie. Ils n'attendent pas la fin des traitements.
- Éviter de puiser dans le REER, ce qui déclencherait une facture d'impôt au pire moment et détruirait des droits de cotisation pour toujours.
L'assurance maladies graves n'achète pas des soins. Elle achète du temps, et le droit de traverser une année difficile sans démolir ce que vous avez mis quinze ans à bâtir.
Quel montant prévoir ?
Ici, la règle du multiple de salaire ne sert à rien. Ce qu'on cherche, c'est le montant qui permet au ménage de fonctionner normalement pendant que la vie professionnelle est en pause.
La méthode que j'utilise en rencontre tient en trois chiffres :
- Vos dépenses mensuelles réelles du ménage, celles qui ne s'arrêtent pas : logement, transport, épicerie, services, dettes.
- La durée à couvrir. Une année de traitement et de convalescence est un point de départ raisonnable, deux si votre travail est physique ou si vous êtes travailleur autonome sans filet.
- Ce qui existe déjà : congés payés, assurance collective, épargne accessible, revenu du conjoint. Ce qui est déjà couvert se soustrait.
Le résultat donne un montant personnalisé, généralement bien loin des chiffres ronds qu'on choisit par réflexe. Et comme la prime dépend de l'âge et de l'état de santé au moment de la souscription, ce montant coûte moins cher aujourd'hui qu'il ne coûtera à votre prochain anniversaire.
L'option de remboursement des primes
C'est la question qui revient chaque fois : « Et si je ne tombe jamais malade, j'ai payé pour rien ? »
Plusieurs assureurs offrent une option de remboursement des primes. Si aucune prestation n'a été versée à l'échéance prévue au contrat, ou à l'annulation selon les modalités, l'assureur vous rend les primes payées. Sur papier, la protection devient gratuite.
Dans les faits, cette option se paie : la prime est nettement plus élevée qu'un contrat sans remboursement. La vraie question n'est donc pas « est-ce que je récupère mon argent », mais « est-ce que la différence de prime, investie ailleurs pendant vingt ans, aurait rapporté davantage ». Selon l'âge, le montant et l'horizon, la réponse change du tout au tout. C'est un calcul, pas une préférence.
Ce que votre assurance collective en couvre
Beaucoup de régimes collectifs incluent une protection maladies graves. C'est une bonne chose, avec deux réserves qu'il faut connaître avant de s'y fier.
- Le montant est souvent symbolique par rapport au besoin réel du ménage. Vérifiez le tableau des garanties de votre régime, pas votre souvenir de la séance d'accueil.
- Elle appartient à l'employeur, pas à vous. Un changement d'emploi, une mise à pied ou la retraite, et elle disparaît, souvent à l'âge où elle deviendrait la plus utile.
Si vous êtes travailleur autonome ou propriétaire d'une PME, la question se pose autrement : il n'y a pas de régime d'employeur derrière vous. J'en parle en détail dans mon guide sur l'assurance collective MRA pour travailleurs autonomes.
Conclusion et prochaines étapes
Trois choses à retenir de cet article :
- L'assurance maladies graves ne remplace ni l'assurance vie ni l'assurance invalidité. Elle couvre un scénario qu'aucune des deux ne couvre : vous survivez, et ça coûte cher.
- La valeur d'un contrat se lit dans ses définitions et ses délais, pas dans sa prime mensuelle.
- Le bon montant se calcule à partir des dépenses réelles de votre ménage, pas d'un multiple de salaire.
Si vous voulez savoir ce que ça représenterait dans votre situation, c'est le genre d'analyse que je fais gratuitement, à Brossard ou en visioconférence partout au Québec. Voyez aussi l'ensemble de mes solutions d'assurance, et si vous avez une jeune famille, mon guide sur le montant d'assurance vie à prévoir.
Questions fréquentes
L'assurance maladies graves est-elle imposable ?
+Non. La prestation est versée en un seul montant forfaitaire, libre d'impôt, directement à la personne assurée. Elle n'a pas à être justifiée ni remboursée.
Faut-il survivre pour recevoir la prestation ?
+Oui. La plupart des contrats prévoient un délai de survie, généralement de 30 jours après le diagnostic. Si la personne décède avant la fin de ce délai, c'est l'assurance vie qui intervient, pas l'assurance maladies graves.
Le cancer est-il couvert dès la signature du contrat ?
+Presque jamais. La majorité des contrats prévoient un délai d'exclusion, souvent de 90 jours après l'entrée en vigueur, pendant lequel un diagnostic de cancer n'est pas couvert. Les cancers de stade très précoce donnent par ailleurs droit à un versement partiel, ou à aucun versement, selon la définition inscrite au contrat.
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