Lampe de banquier eclairant des chemises de documents et une paire de lunettes sur un bureau en bois
Trois sources de revenu, trois traitements fiscaux. C'est le dosage entre les trois qui détermine votre facture.

En bref : pendant votre vie active, votre revenu imposable est déterminé par votre employeur. À la retraite, il devient en grande partie un choix. Vous décidez combien vous retirez, de quel compte, et à quel moment vous déclenchez vos rentes. Cinq leviers permettent de réduire la facture : doser le mélange entre revenus pleinement imposables, partiellement imposables et non imposables, détenir des placements fiscalement efficaces, éviter les seuils de récupération de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti, structurer les retraits de façon systématique, et surtout exploiter la fenêtre à faible taux qui s'ouvre souvent entre 65 et 71 ans. Ces stratégies ont un point commun : elles se préparent cinq à dix ans avant la retraite. Le jour où vous remplissez votre premier formulaire de FERR, la plupart des portes sont déjà refermées.

Il y a une chose que peu de gens réalisent avant d'y arriver. Pendant toute votre carrière, vos options fiscales sont limitées : le salaire tombe, l'impôt est retenu à la source, et vos leviers se comptent sur les doigts d'une main.

À la retraite, c'est l'inverse. Vous avez besoin de liquidités, pas de revenu. Et ces deux choses ne sont pas la même chose sur le plan fiscal.

Revenu imposable et liquidités

Vous avez besoin d'un certain montant dans votre compte chaque mois pour vivre. Appelons ça des liquidités. Le revenu imposable, lui, est ce que vous inscrivez dans votre déclaration.

Les deux peuvent être très différents. Vingt mille dollars retirés d'un FERR sont pleinement imposables. Vingt mille dollars retirés d'un CELI ne figurent nulle part dans votre déclaration. Dans les deux cas, vous avez 20 000 $ en poche. Dans un cas seulement, vous payez de l'impôt et vous vous rapprochez des seuils de récupération.

Toute la stratégie de décaissement tient dans cet écart.

1. Doser le mélange de vos sources

Vos revenus de retraite se divisent en trois familles, et elles ne sont pas traitées de la même façon.

SourceTraitement fiscal
FERR, rentes, revenus d'intérêtsPleinement imposables
Gains en capital et dividendes canadiens en compte non enregistréPartiellement imposables
Retraits du CELINon imposables et invisibles au fisc

Quelqu'un qui a construit sa retraite entièrement dans le REER n'a aucun levier. Chaque dollar dont il a besoin est un dollar imposable. Quelqu'un qui dispose des trois familles peut composer son revenu chaque année selon sa situation.

C'est la raison pour laquelle je répète qu'il ne faut pas choisir entre le REER et le CELI, mais utiliser les deux. J'ai détaillé cette comparaison dans l'article sur le REER et le CELI.

2. Détenir les bons placements aux bons endroits

À rendement égal, deux placements ne coûtent pas le même impôt. Les revenus d'intérêts sont imposés au taux plein. Les dividendes de sociétés canadiennes donnent droit à un crédit. Les gains en capital ne sont imposés qu'en partie, et seulement au moment de la vente, ce qui vous laisse le choix du moment.

Le principe consiste donc à placer les revenus les plus lourdement imposés à l'abri, dans le REER ou le CELI, et à garder dans le compte non enregistré ce qui bénéficie d'un traitement favorable. Le rendement brut ne change pas. Ce que vous gardez, oui.

3. Éviter les récupérations

C'est le point le plus mal compris de la fiscalité de la retraite, et le plus coûteux.

La Sécurité de la vieillesse est réduite lorsque votre revenu net dépasse un seuil, puis disparaît complètement au-delà d'un second. Le Supplément de revenu garanti fonctionne selon une logique semblable, à l'autre extrémité de l'échelle de revenus.

L'effet est le suivant : dans la zone de récupération, chaque dollar supplémentaire de revenu vous coûte l'impôt normal, plus la portion de rente que vous perdez. Votre taux marginal affiché peut être de 38 %, alors que votre taux marginal réel dépasse largement ce chiffre.

Conseil d'Olivier

Avant de faire un retrait important, vendre un chalet ou encaisser un gros gain en capital, vérifiez où ce revenu vous place par rapport aux seuils de récupération de l'année. Étaler la même opération sur deux années civiles coûte parfois des milliers de dollars de moins. Les seuils sont indexés chaque année : prenez ceux de l'année en cours, pas ceux de l'an dernier.

4. Structurer les retraits

Un programme de retrait systématique consiste à sortir un montant fixe et régulier de vos placements, plutôt que de piger au besoin.

L'avantage est double. Sur le plan fiscal, la portion imposable d'un retrait en compte non enregistré est souvent plus faible qu'on ne le pense, parce qu'une partie du retrait n'est que le retour de votre capital. Sur le plan humain, un versement régulier ressemble à une paie, ce qui rend le budget beaucoup plus facile à tenir.

5. La fenêtre entre 65 et 71 ans

Voilà la stratégie qui rapporte le plus, et celle que je vois le moins souvent appliquée.

Beaucoup de gens cessent de travailler autour de 60 à 65 ans. Leur revenu chute. Et souvent, ils reportent leurs retraits de REER le plus longtemps possible, par réflexe, parce qu'on leur a toujours dit de laisser fructifier à l'abri de l'impôt.

Le problème arrive à 71 ans. Le REER doit alors être converti, généralement en FERR, et un pourcentage minimum de retrait s'applique dès l'année suivante. Ce pourcentage augmente avec l'âge. Résultat : la personne qui a soigneusement évité de toucher à son REER se retrouve à 72 ans avec des retraits obligatoires qui s'ajoutent à ses rentes publiques, ce qui la propulse parfois dans une tranche supérieure ou dans la zone de récupération.

Pendant ce temps, les années entre 65 et 71 ans, où le taux d'imposition était bas, ont été gaspillées.

Retirer volontairement du REER quand votre taux est bas, même sans en avoir besoin, est souvent plus rentable que d'attendre le retrait forcé quand votre taux sera haut.

Cette fenêtre se planifie, et elle se planifie tôt. C'est le genre de calcul qu'on fait une fois, cinq ans avant la retraite, et qui rapporte pendant vingt ans.

Pourquoi il faut s'y prendre tôt

Ces cinq stratégies ont une chose en commun : elles supposent que les bons comptes existent déjà et qu'ils contiennent les bonnes sommes.

Vous ne pouvez pas décider à 70 ans que vous auriez aimé avoir un CELI bien garni. Vous ne pouvez pas rétroactivement placer vos revenus d'intérêts à l'abri. Vous ne pouvez pas revenir en arrière pour utiliser la fenêtre de 65 à 71 ans une fois qu'elle est passée.

La bonne période pour bâtir un plan de décaissement se situe entre cinq et dix ans avant la retraite. C'est assez tôt pour ajuster la structure des comptes, et assez proche pour que les projections aient un sens.

Cet article présente des principes généraux de fiscalité et ne constitue pas un avis fiscal. Les seuils et les taux changent chaque année et votre situation personnelle peut modifier complètement la conclusion.

Questions fréquentes

Faut-il retirer de son REER avant 71 ans ?

+

Souvent oui, et c'est contre-intuitif. Entre la fin du travail et 71 ans, plusieurs personnes traversent une période où leur revenu imposable est bas. Retirer volontairement du REER pendant cette fenêtre, à un taux d'imposition faible, réduit le solde qui deviendra un FERR à retrait minimum obligatoire par la suite. Cela évite de se retrouver plus tard avec des retraits forcés qui poussent le revenu dans une tranche supérieure ou qui déclenchent la récupération de la Sécurité de la vieillesse.

Dans quel ordre décaisser REER, CELI et placements non enregistrés ?

+

Il n'existe pas d'ordre universel. Le réflexe le plus répandu consiste à vider le CELI en premier parce qu'il n'est pas imposable, et c'est souvent une erreur : le CELI est le seul compte qui permet d'ajouter du revenu sans effet fiscal, ce qui en fait l'outil idéal pour absorber une dépense imprévue sans faire grimper votre revenu imposable de l'année. Le bon ordre dépend de votre revenu, de vos rentes et des seuils de récupération qui vous guettent.

Comment éviter de perdre sa Pension de la Sécurité de vieillesse ?

+

La Sécurité de la vieillesse est réduite lorsque le revenu net dépasse un seuil fixé chaque année, puis annulée au-delà d'un second seuil. Les leviers habituels consistent à réduire le revenu imposable déclaré : fractionner les revenus de pension avec le conjoint, privilégier les retraits du CELI qui ne comptent pas dans le revenu, étaler les retraits de REER sur plusieurs années plutôt que de concentrer un gros retrait, et éviter de réaliser un gain en capital important dans une seule année.

Bâtissons votre ordre de décaissement

Si votre retraite est à moins de dix ans, c'est maintenant que ces stratégies se mettent en place. Après, plusieurs portes se referment. Consultation gratuite, sans engagement.