Escalier d'épargne menant à une cible de retraite
Le capital de retraite ne se devine pas. Il se calcule, et le calcul tient sur six lignes.

En bref : le montant nécessaire pour prendre sa retraite ne se devine pas, il se calcule en six lignes. Vous partez de vos dépenses annuelles prévues, vous soustrayez ce que vous verseront le Régime de rentes du Québec et la Sécurité de la vieillesse, vous soustrayez la rente de votre employeur s'il y en a une, et il reste le montant que votre épargne devra produire chaque année. Vous divisez ce montant par un taux de retrait durable, souvent fixé à 4 % pour une retraite à 65 ans, et vous obtenez le capital à accumuler. Pour un couple qui prévoit dépenser 55 000 $ par année et qui touchera 34 000 $ de rentes publiques, le calcul donne 525 000 $. Mais le chiffre qui compte vraiment n'est pas celui-là. C'est l'épargne mensuelle qu'il exige, et elle double si vous attendez dix ans de plus.

On m'a posé cette question des centaines de fois, et presque toujours dans les mêmes termes : « Olivier, ça prend combien pour prendre ma retraite ? » Les chiffres qui circulent vont de 300 000 $ à deux millions. Les deux peuvent être vrais. Tout dépend de qui pose la question.

La bonne nouvelle, c'est que vous n'avez pas besoin de moi pour obtenir un premier ordre de grandeur. Le calcul tient sur six lignes et vous pouvez le faire ce soir.

La méthode en six lignes

Voici la grille. J'utilise ici l'exemple d'un couple de la classe moyenne québécoise, mais remplacez chaque montant par le vôtre.

LigneÉlémentExemple couple
ADépenses annuelles à la retraite55 000 $
BMoins les rentes publiques (RRQ et PSV), net d'impôt34 000 $
CMoins la rente de votre employeur0 $
DÀ combler par votre épargne (A moins B moins C)21 000 $
ETaux de retrait durable4 %
FCapital requis à 65 ans (D divisé par E)525 000 $

C'est tout. Le reste de l'article sert à remplir correctement chacune de ces lignes, parce que c'est là que les erreurs se glissent.

Ligne A : ce que vous dépenserez vraiment

C'est de loin la ligne la plus importante, et la plus mal estimée. La plupart des gens surestiment leurs besoins futurs, parce qu'ils projettent leur budget actuel sur leur retraite.

Or à 65 ans, plusieurs postes disparaissent. L'hypothèque est souvent payée. Les enfants sont partis. Et surtout, vous cessez d'épargner pour la retraite, ce qui libère parfois plusieurs centaines de dollars par mois. C'est un poste de dépense qui s'éteint le jour où vous arrêtez de travailler, et presque personne n'y pense.

Si la retraite est encore loin, appliquez de 60 % à 70 % de votre salaire actuel. Si elle approche, prenez le temps de bâtir un vrai budget, poste par poste. La différence entre les deux méthodes se compte en centaines de milliers de dollars de capital requis.

Conseil d'Olivier

Attention au piège du brut et du net. Vos dépenses se paient en dollars après impôt, mais vos retraits de REER ou de FERR sont imposables. Si vous inscrivez 55 000 $ à la ligne A, assurez-vous que les lignes B et D parlent aussi en dollars nets. C'est l'erreur numéro un des calculs faits à la maison, et elle fausse tout le reste.

Ligne B : ce que l'État vous versera

Deux rentes vous attendent. Le Régime de rentes du Québec, dont le montant dépend de ce que vous avez cotisé pendant votre carrière, et la Sécurité de la vieillesse, qui dépend surtout de vos années de résidence au Canada.

Ne prenez surtout pas les montants maximums publiés. Très peu de gens y ont droit, parce que le maximum suppose une carrière complète au salaire plafond. Allez plutôt chercher votre chiffre réel : votre relevé de participation est disponible dans votre dossier en ligne à Retraite Québec. C'est gratuit, ça prend cinq minutes, et c'est le seul chiffre qui vous concerne.

Un mot sur le moment de la demande. Vous pouvez toucher votre rente du Québec dès 60 ans, à un montant réduit, ou la reporter jusqu'à 70 ans, à un montant bonifié. Ce choix change votre ligne B de façon importante, et je consacrerai un article complet aux décisions à prendre entre 60 et 71 ans, parce que le sujet le mérite.

Ligne C : votre régime d'employeur

Si vous participez à un régime à prestations déterminées, vous êtes chanceux, et votre ligne C sera généreuse. Ces régimes sont devenus rares en dehors du secteur public.

Si vous avez plutôt un régime à cotisations déterminées ou un REER collectif, ce n'est pas une rente, c'est un capital. Il ne va pas à la ligne C : il vient en réduction du capital que vous devez accumuler par vous-même à la ligne F.

Et si vous changez d'emploi avec un régime derrière vous, la décision mérite qu'on s'y arrête. J'en parle dans l'article sur le transfert d'un fonds de pension.

Ligne E : le fameux taux de 4 %

L'idée est simple : vous retirez 4 % de votre capital la première année, puis vous ajustez ce montant à l'inflation chaque année suivante. Le taux de 4 % est une convention largement utilisée pour une retraite qui commence à 65 ans.

C'est un repère utile, pas une garantie. On l'appelle parfois le « taux de retrait sûr », et l'expression est trompeuse. Sa fiabilité dépend de la durée de votre retraite, de la composition de votre portefeuille et, surtout, de la séquence des rendements dans vos premières années.

Une règle d'ajustement simple si vous visez une retraite avant 65 ans : réduisez le taux de 0,1 point par année d'anticipation. À 62 ans, utilisez 3,7 %. Et n'oubliez pas de prévoir un capital supplémentaire pour les années qui précèdent le début de vos rentes publiques.

Combien mettre de côté chaque mois

Voici la partie que les gens viennent vraiment chercher. Le tableau ci-dessous montre l'épargne mensuelle nécessaire pour accumuler 500 000 $ à 65 ans, en partant de zéro, selon le nombre d'années qu'il vous reste et le rendement annuel obtenu.

Années avant 65 ansRendement 5 %Rendement 4 %Rendement 2 %
30 ans601 $720 $1 015 $
25 ans840 $973 $1 286 $
20 ans1 216 $1 363 $1 696 $
15 ans1 871 $2 032 $2 384 $
10 ans3 220 $3 396 $3 767 $

Montants calculés à titre illustratif, en dollars d'aujourd'hui, sur des versements mensuels et un rendement constant. Il ne s'agit pas d'une projection de rendement.

Lisez ce tableau dans les deux sens. Horizontalement, il montre ce que coûte un portefeuille trop prudent : à 20 ans de la retraite, passer de 5 % à 2 % de rendement ajoute environ 480 $ par mois à votre effort. Verticalement, il montre ce que coûte le temps perdu, et c'est encore plus brutal.

Comparaison de l'épargne mensuelle requise selon l'âge auquel on commence
Même objectif de 500 000 $, même rendement hypothétique de 5 %. Seule la date de départ change.

Attendre dix ans ne double pas seulement votre versement mensuel. Ça vous force aussi à sortir environ 75 000 $ de plus de votre propre poche, parce que le rendement travaille dix ans de moins à votre place.

Si le chiffre vous décourage

Il y a de bonnes chances que le montant obtenu vous paraisse hors d'atteinte. C'est la réaction normale, et ce n'est pas une raison d'abandonner le calcul. C'est une raison de le raffiner.

Quatre leviers existent, et le dernier est celui que la plupart des gens ignorent complètement.

  • Épargner davantage. Le levier évident, et souvent le plus limité.
  • Retarder la retraite. Deux ans de plus agissent des deux côtés : vous accumulez plus longtemps et vous décaissez moins longtemps.
  • Revoir la ligne A. Beaucoup de gens travaillent plus longtemps que nécessaire parce qu'ils ont surestimé leurs dépenses futures.
  • Optimiser la fiscalité du décaissement. Le tableau ci-dessus suppose que tout est en REER, donc pleinement imposable au retrait. En combinant REER, CELI et placements non enregistrés, on réduit l'impôt à payer, donc le capital brut nécessaire. C'est le sujet de mon article sur les stratégies pour payer moins d'impôt à la retraite.

Ce dernier point vaut souvent plus que les trois autres réunis, et il ne demande pas un dollar d'épargne supplémentaire. Il demande seulement que les comptes soient bien structurés, longtemps avant le premier retrait.

Si vous voulez transformer ces six lignes en un chiffre qui est vraiment le vôtre, apportez vos relevés et on le fait ensemble, à Brossard ou en visioconférence. Vous pouvez aussi commencer par les calculatrices du site.

Questions fréquentes

Est-ce que 500 000 $ suffisent pour prendre sa retraite au Québec ?

+

Cela dépend entièrement de vos dépenses et de vos rentes publiques. Avec un taux de retrait de 4 %, un capital de 500 000 $ produit environ 20 000 $ par année. Ajoutez les rentes du Régime de rentes du Québec et de la Sécurité de la vieillesse, et vous obtenez votre revenu total. Pour un couple aux dépenses modestes et propriétaire sans hypothèque, c'est souvent suffisant. Pour une personne seule qui paie un loyer, c'est généralement serré.

À quel âge devrais-je commencer à épargner pour ma retraite ?

+

Le plus tôt possible, et l'écart est plus violent qu'on ne le croit. Pour accumuler 500 000 $ à 65 ans avec un rendement hypothétique de 5 %, il faut environ 601 $ par mois si vous commencez à 35 ans, et 1 216 $ par mois si vous commencez à 45 ans. Dix ans de retard doublent l'effort mensuel et vous font sortir environ 75 000 $ de plus de votre poche.

Est-ce que le RRQ et la Sécurité de la vieillesse suffisent à vivre ?

+

Pour la très grande majorité des gens, non. Ces deux rentes ont été conçues comme une base, pas comme un revenu de retraite complet. Elles couvrent une partie des dépenses essentielles. Le reste doit venir de votre épargne personnelle ou d'un régime d'employeur. C'est précisément l'écart que le calcul en six lignes sert à mesurer.

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